Nutri-Score : Un nouveau regard sur les céréales

juin 22, 2026
Sébastien Bouley

Cette étude, menée par le Club Européen des Diététiciens de l’Enfance (CEDE), évalue l’impact de la révision de l’algorithme du Nutri-Score (entrée en vigueur entre 2024 et 2025 selon les pays) sur la catégorie des céréales de petit-déjeuner en France, en Belgique et au Luxembourg. Les résultats démontrent que la nouvelle formule est beaucoup plus stricte, entraînant un déclassement massif des produits, particulièrement ceux destinés aux enfants en raison de leur forte teneur en sucres ajoutés.

 

Le sucre et le sel dans le viseur du nouvel algorithme du Nutri-Score

Le nouvel algorithme impose un changement de paradigme majeur. Le sucre est désormais le composant le plus influent du calcul, détrônant les graisses saturées qui dominaient l’ancienne formule. Mais la sévérité ne s’arrête pas là : le sel (sodium) s’impose désormais comme le troisième nutriment le plus déterminant, à égalité avec les fibres. L’objectif du comité scientifique international est explicite :

« Mieux discriminer les produits en fonction de leur teneur en certains nutriments préoccupants (par exemple, les sucres et le sel). »

Un nouvel algorithme plus sévère pour les céréales pour enfants : une dégradation globale de leurs notes Nutri-Scores

L’impact de ces nouveaux seuils est massif. Pour obtenir la note A, une céréale ne peut plus contenir en moyenne 9,1 g de sucre pour 100 g comme auparavant, mais doit désormais descendre à un seuil de 6,4 g/100 g.

Cette exigence accrue entraîne une chute libre des scores :

  • La part des produits notés A recule de 35,4 % à 24,2 %.
  • Les scores B s’effondrent, passant de 15,4 % à seulement 8,2 %.
  • Le déclassement est systémique : 86 % des produits initialement classés B tombent en C.
  • À l’autre extrémité, les scores D doublent (de 14,1 % à 28,6 %) et la catégorie E, autrefois inexistante pour ce segment, fait son apparition pour les produits les plus déséquilibrés.

Les produits ciblant spécifiquement les enfants sont les victimes directes de cette réforme. Pour identifier ces produits, les experts utilisent les critères rigoureux du International Network for Food and Obesity, qui classent comme « cibles enfants » les emballages utilisant des licences, des jeux, des mascottes ou des personnages de dessins animés.

Les résultats sont sans appel : 71,4 % des recettes pour enfants voient leur note dégradée. Le constat le plus frappant concerne les anciens « champions » : 75 % des céréales pour enfants autrefois notées A dégringolent directement en C, sans passer par la case B. L’étude des auteurs est catégorique sur cette hécatombe :

« On observe, pour les céréales de petit-déjeuner destinées aux enfants, une disparition quasi totale des Nutri-Score A et B. »

Le segment des mueslis pas épargné par ce nouvel algorithme du Nutri-Score

Le segment des mueslis et céréales « naturelles » bénéficiait jusqu’ici d’une image de santé très forte, souvent renforcée par des allégations sur la richesse en fibres. C’est ce que les experts appellent le « Health Halo » (effet de halo de santé) : l’utilisation d’un atout nutritionnel pour masquer des faiblesses majeures.

Le nouvel algorithme fait voler cette illusion en éclats en distinguant nettement :

  • Les mueslis sans sucres ajoutés : Quasiment épargnés, avec seulement 9,7 % de dégradations.
  • Les mueslis sucrés : Près de la moitié (44,9 %) voient leur score chuter. Ces produits contiennent souvent des sucres sous diverses formes (sucrose, miel ou sirop de glucose) qui pèsent désormais bien plus lourd que l’apport en fibres dans le score final. Chez les mueslis classés B, 81 % basculent en C.
« Bio » VS « Conventionnel » : le « Bio » résisterait mieux au nouvel algorithme du Nutri-Score

Si la rigueur s’applique à tous, elle met en lumière une réalité nutritionnelle : le Bio résiste mieux. L’algorithme accentue la supériorité des céréales issues de l’agriculture biologique, car elles sont moins dépendantes des recettes ultra-transformées et des ciblages marketing agressifs.

  • Score A : 35,5 % pour le bio contre seulement 10,3 % pour le non-bio.
  • Score D : 19,9 % pour le bio contre 39,3 % pour le non-bio.

Cet écart s’explique principalement par le fait que les céréales non-bio sont surreprésentées dans les catégories « cibles enfants » et « ultra-transformées ». Toutefois, le label AB n’est pas un totem d’immunité : 37,8 % des produits bio sont tout de même déclassés, prouvant que le Bio peut lui aussi être trop sucré.

Le Nutri-Score se rapproche de la classification NOVA

Une critique récurrente du Nutri-Score original était son incapacité à pénaliser le degré de transformation. La version 2024 corrige ce tir en se montrant beaucoup plus cohérente avec la classification NOVA.

  • Pénalité sur l’ultra-transformation (NOVA 4) : Les aliments ultra-transformés (AUT ou UPF en anglais) sont désormais les plus durement notés.
  • Concentration des bas scores : Plus de 90 % des produits notés D ou E sont des aliments ultra-transformés.
  • Cohérence scientifique : L’algorithme révisé réduit drastiquement le nombre de produits ultra-transformés parvenant à obtenir un A ou un B, créant une synergie entre qualité nutritionnelle et qualité de fabrication.

 

Cette étude française montre que L’algorithme récemment modifié du Nutri-Score favorise désormais les céréales biologiques et les produits moins transformés, en plaçant le sucre comme critère de pénalité prédominant. Cette actualisation vise notamment à aligner plus efficacement l’étiquetage avec les recommandations de santé publique. Ces résultats confirment ainsi que le Nutri-Score révisé constitue un outil plus robuste pour guider les consommateurs vers des choix alimentaires de meilleure qualité nutritionnelle.

 

Pour plus d’informations, vous pouvez consulter l’étude sur ce lien.

 

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